A M. le Prince Eugene

Grand prince qui, dans cette cour
O u la justice etait eteinte,
Sates inspirer de l'amour,
Même en nous donnant de la crainte;
Vous que Rousseau si dignement
A, dit-on, chante sur sa lvre;
Eugene, je ne sais comment
Je m'y prendrai pour vous ecrire.
Oh! que nos Français sont contents
De votre dermere victoire;
Et qu'ils cherissent votre gloire,
Quand ce n'est pas a leurs depens!
Poursuivez; des musuimans
Rompez bientot la barriere,
Faites mordre la poussiere
Aux circoncis insolents;
Et, plein d'une ardeur guerriere,
Foulant aux pieds les turbans,
Achevez cette carriere
Au serrail des ottomans.
Des chretiens et des amants
Arborez-y la banniere.
Venus et le dieu des combats
Vont vous en ouvrir la porte,
Les Graces vous servent d'escorte,
Et l'Amour vous tend les bras.
Voyez-vous deja paraitre
Tout ce penple de beautes,
Esclaves des voluptes
D'un amant qui parle en maitre?
Faites vite du mouchoir
La faveur imperieuse
A la beaute la plus heureuse
Qui saura delasser le soir
Votre altesse victorieuse.

Du seminaire des amours
A la France votre patrie,
Daignez envoyer pour secours
Quelques belles de Circassie.
Le saint pere, de son cote,
Attend beaucoup de votre zele,
Et pretend qu'avec charite
Sous le joug de la verite
Vous rangiez ce peuple infidele.
Par vous mis dans le bon chemin,
On verra bientot ces infâmes
Ainsi que vous boire du vin,
Et ne plus renfermer leurs femmes.
Adieu, grand prince, heureux guerrier:
Pare de myrte et de laurier,
Allez asservir le Bosphore:
Deja le grand Ture est vaincu;
Mais vous n'avez rien fait encore
Si vous ne le faites cocu.
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